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Ancien militaire, Jérôme Lemal a su transformer son expérience en une aventure entrepreneuriale audacieuse. Après avoir servi dans des zones de guerre et vécu des missions intenses pendant 22 ans, il fait une reconversion professionnelle dans le civil et se lance dans la création du POC (Les Parcours d’Obstacles de la Crau). Ce projet innovant avec 7 parcours aux normes militaires et plus de 130 obstacles sur 7 hectares, vise à favoriser les rencontres, le dépassement de soi et la cohésion sociale, tout en prônant le respect de l'environnement.

Entre l’armée et le monde civil, pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours professionnel ?

J'ai commencé ma carrière dans l'armée à 16 ans et demi, à l’école des sous-officiers. J'ai été formé à Issoire, puis muté à Nancy dans l'Aviation Légère de l’Armée de Terre. Par la suite, j'ai passé plusieurs années au 2e régiment étranger de parachutisme à Calvi. J’ai servi dans des zones de guerre, notamment en Yougoslavie, au Kosovo, en Côte d'Ivoire et en Afghanistan.

Après 22 ans de service, j'ai quitté l'armée en 2012 pour me tourner vers le milieu civil. C’est à ce moment-là que j'ai côtoyé des associations comme le Rotary et que je me suis impliqué dans le monde du sport, notamment au sein du club de basket d'Entressen. C'est là que l'idée du POC a germé, il y a maintenant 7 ans.

Beaucoup de gens, y compris ma femme, me disent souvent : « À 52 ans, tu aurais dû faire ça plus tôt. » Mais je suis convaincu que si j'avais lancé ce projet avant, je n'aurais pas eu le recul nécessaire. Mon expérience dans le monde civil m’a permis de mieux comprendre les choses et de m’y intégrer. Elle m’a aussi apporté une plus grande souplesse et une vraie pédagogie, des qualités que je n’avais pas auparavant. Il fallait que je passe par cette étape pour, aujourd’hui, pouvoir réfléchir, mûrir mon projet et le concrétiser.

Le POC, c’est un projet assez ambitieux. Quel est son objectif principal ?

Le premier objectif du POC, c'est de créer du lien social. On veut que des personnes issues de milieux très différents puissent se rencontrer. Que ce soit des sportifs, des non-sportifs, des jeunes, des moins jeunes. L'idée est de créer un espace d'échange et de partage. Le deuxième objectif est de favoriser le développement individuel, que ce soit sur le plan mental ou physique. Et le troisième, c'est de mettre en avant le respect de la nature et l’éco-responsabilité. Ici, on fonctionne avec des panneaux solaires, des toilettes sèches et on encourage nos participants à limiter leur impact environnemental.

Enfin, on a aussi un objectif d’embauche : la finalité du POC c’est 25 CDI. Notre mission est d’aller chercher des personnes qui sont éloignées de l’emploi, qui sont « abimées » par la vie ou bien encore qui rencontrent des difficultés à trouver leur voie.

Vous avez mentionné que le POC est ouvert à un large public. Comment ça fonctionne concrètement pour les participants ?

Oui, le POC n’est pas uniquement destiné aux professionnels ou aux militaires. Il est ouvert à tout le monde, à partir de 16 ans que ce soit pour un team building, un club de sport, une association ou un particulier.

Aujourd’hui, le site est ouvert principalement le week-end, mais à partir de 6 personnes, on peut aussi organiser des sessions en semaine. On propose 7 parcours différents aux normes militaires avec plus de 130 obstacles sur 7 hectares : le parcours valorisé relief et le parcours valorisé déroulant, le parcours lianes, le fameux parcours du combattant, deux parcours d’audace à 7 mètres de hauteur et le parcours nautique dans un bassin de 1400 m3 d’eau.

Parlez-nous un peu plus de ces parcours ?

Le parcours du combattant est inspiré de celui créé par Georges Hébert en 1915, un officier marin qui a mis au point des méthodes d’entraînement physiques adaptées aux militaires. J’ai d’ailleurs eu la chance d’être en contact avec son petit-fils qui gère une association en hommage à son grand-père. Nous avons reproduit ce parcours, une première en France en dehors d’une structure militaire. Il est composé entre-autre de l’échelle de corde et de l’obstacle de la girafe qui culmine à 4.30 mètres de haut.

Nous avons aussi un parcours lianes composé de 17 obstacles, inspiré de celui du Centre d'Entraînement en Forêt Equatoriale en Guyane, avec des obstacles dans les arbres et sur cordes. Ces parcours permettent de tester ses limites, de découvrir la cohésion du groupe et de développer des compétences qui peuvent être utiles sur des parcours plus exigeants.

Chaque parcours est encadré par des instructeurs. Vous pouvez choisir  une séance de deux heures, une demi-journée, une journée entière jusqu’au stage de 3 semaines. Nous proposons aussi d’autres stages sur-mesure. Au POC tout est possible, il y a une énorme capacité d’adaptation aux attentes et aux besoins.

Dans un soucis d’éco responsabilité, nous n’avons pas utilisé de béton : uniquement du sable, des cordes et des bambous en provenance de la bambouseraie de Sulauze à Miramas.

En complément des parcours, il y a aussi une zone de vie, essentielle au POC. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La Bergerie, élément central du site, a été soigneusement stabilisée pour en faire un lieu accueillant et fonctionnel en toute sécurité : renforcement des poutres, sécurisation des murs et aménagement d’espace pour recevoir les participants dans de bonnes conditions. Ce bâtiment, qui fait partie de l’histoire de la transhumance et d’Istres, représente aussi un symbole de respect du patrimoine.

Quant à la zone de vie, elle a été pensée pour offrir un confort minimum aux participants tout en respectant l’esprit du projet. Une tente Touareg sera installée pour servir de point de rencontre et de restauration, où les participants pourront se détendre, partager un repas ou simplement se retrouver autour d’un feu après leurs activités de la journée. De plus, des douches chaudes (chronométrées) alimentées par des panneaux solaires et une gestion éco-responsable des ressources font partie intégrante de cet espace de vie. C’est un lieu où l’on cherche à allier confort et respect de la nature, offrant ainsi aux participants une expérience complète et immersive.

Vous avez investi beaucoup d’énergie et de ressources dans ce projet. Comment avez-vous financé cette aventure ?

Ce projet a demandé un investissement colossal, environ 600 000 euros, et, au départ, le budget était de 1,2 millions. J'ai eu des financements privés, des prêts bancaires et le soutien d’Initiative Ouest Provence. Nous avons également lancé une campagne de crowdfunding sur Ulule.

Aujourd'hui, nous sommes huit associés, et grâce à cet investissement, nous avons réussi à transformer ce terrain qui était en friche depuis plus de 60 ans. Cela nous a permis de créer un environnement propice à notre activité de sport nature, alliant esprit de corps, dépassement de soi et profond respect du lieu qui nous accueille.

Quels sont vos projets à venir ?

Notre objectif est tout d’abord de concrétiser les projets et partenariats en cours avec l'École Nationale Supérieure des Officiers Pompiers (ENSOP), l'École de l'Air BA 701 de Salon de Provence, le Centre d'Information et de Recrutement des Forces Armées (CIRFA), le 25e Régiment du Génie de l'Air à Istres, la BA 125 d’Istres,  l’union des Pompiers du 13 et la Brigade de Gendarmerie du 13, l'AFPA, France Travail, la Mission Locale, pour ne citer qu’eux.

Nous avons aussi pour motivation de travailler avec L’EPIDE, le CEF de Montfavet près d’Avignon, des écoles qui accueillent des jeunes en difficulté, pour lesquels nous cherchons des solutions, même temporaires, afin de prévenir une dérive. Le chemin est encore long, mais les avancées sont régulières.

Nous avons aussi ajouté de nouvelles activités, comme un parcours de tir avec un flash laser. Un autre parcours pour les plus jeunes (7-15 ans) est à l’étude pour 2026 parce que nous sentons qu’il y a une réelle demande sur cette tranche d’âge.

De plus, nous organisons dès cet été, des boot camp : un programme éducatif où les jeunes viennent vivre en autarcie, apprennent à travailler ensemble et s’impliquent dans des projets solidaires en partenariat avec des associations locales.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans un projet comme le vôtre ?

Quand on se lance dans l’entrepreneuriat, le plus grand mensonge qu'on puisse entendre, c'est cette phrase : "ce n’est pas si simple". Les gens qui vous disent cela cherchent à vous décourager et ce sont souvent ces mêmes personnes qui n’entreprennent pas grand-chose dans leur vie ! Il est essentiel de ne pas se laisser influencer par ces voix négatives. L'entrepreneuriat est un défi, mais c'est avant tout une aventure. Il faut garder en tête qu'il est possible de surmonter les obstacles, même quand les choses semblent difficiles.

Mon conseil est de croire en ses idées et de ne pas laisser les autres décider pour vous. Il y a beaucoup de personnes qui essaient de vous freiner, mais si vous avez une vision, foncez. Ce projet, c'est le fruit de sept années de travail, et aujourd'hui, je suis fier de ce que nous avons accompli. Le POC, c'est plus qu'un parcours d’obstacles, c'est un moyen pour chacun de se dépasser et de se reconnecter avec la nature et les autres.

Les Parcours d’Obstacles de la Crau (Le POC) Route de Farigoule – Istres

06 17 46 24 19

www.lepocistres.fr

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Crédit photo : Ludivine Rambaud